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RADULOVIC, GASTINEL, DESERT : un tiercé gagnant.


Jeunesse, dynamisme, entente cordiale, virtuosité, amour de la musique, respect du public et des compositeurs. Qui, aujourd'hui, en dehors de la médiatisation outrancière, en marge du business classique et loin des boursouflures snobinardes, pourrait représenter la fine-fleur de la musique de chambre, qui n'a pas encore vendu son âme au diable de la société de consommation audiovisuelle ? C'est un trio, encore sans nom, un trio qui ne s'est pas concrétisé, mais qui a déjà pignon sur rue, avant que cette rue ne s'élargisse en avenue glorieuse.

Ce trio d'exception, l'Association spinalienne des "CONCERTS CLASSIQUES" s'est offert le luxe de le conduire sur les fonts baptismaux avant même qu'il n'ait reçu son nom de baptême. EPINAL a su les remarquer depuis leurs premiers succès: le violoniste Nemanja RADULOVIC, le 29 Janvier 2006 avec la harpiste Marielle NORDMANN et devant un auditoire J.M.F. médusé; le 9 Novembre 2008, le duo Claire DESERT, piano, Anne GASTINEL, cello, subjuguaient les mélomanes spinaliens dans un programme SCHUBERT, BRAHMS, FRANCK.

Les voici réunis enfin en trio pour la plus grande joie et admiration des quelque 450 abonnés des Concerts spinaliens qui sont accourus à l'auditorium de la LOUVIÈRE pour applaudir ce jeune trio fort sympathique, plein d'allant et talentueux en diable. Ce qui n'exclut pas, de leur part, une certaine sagesse comme l'a confirmé le programme de cette brève rencontre: HAYDN, BEETHOVEN, BRAHMS. Quoi de plus classique, dira-t-on! Voire, lorsqu'-il apparait que ce jeune ensemble a mis toute sa science néophyte  et ses talents, déjà auréolés de maints succès, au service de ces trois classiques auxquels ils ont juré de redonner un nouvel élan.


C'est à ce quasi-miracle que les abonnés (et les curieux) venus de toute la région, ont assisté dans une totale communion des cœurs et des esprits. Même si ces esprits ne sont pas les frères de ceux qui ont inspiré le 5ème trio de BEETHOVEN lequel songeait plutôt à ceux des sorcières de MACBETH, l'un de ses opéras avorté dans l'œuf! Remarquable concert de prestige, donc, avec, en lever de rideau, le 39 ème trio (sur les 45 mis au monde haydnien). Trio sans surprise, pourrait-t-on penser avec ses deux premiers mouvements en forme de devoirs de vacances, n'offrant aucune difficulté technique aux trois pupitres, le cello n'assumant qu'une basse continue assez "pépère". Soudain, surprise à l'entrée d'un presto terminal, sous forme d'un alerte mouvement "alla ongareze", (donc à la hongroise) que le sémillant trio a empoigné avec une vigueur inattendue très contrastée, comme si HAYDN, las de se prélasser dans l'été émollient d'ESTERHAZY, retrouvait la fougue et la joie populaire des paysans hongrois. C'est le Serbe RADULOVIC qui a conduit le locomotive à un train d'enfer, style T.G.V. et qui fut assez convaincant pour reprendre ce presto magyar, en bis de remerciement.

Mais le trio devait briller en deux autres occasions. Tout d'abord dans ce grand classique beethovénien qu'est son 5ème trio en ré majeur (solide tonalité beethovénienne qui donne de l'assurance aux interprètes) dit "Des Esprits." Chacun y fait preuve de grande technicité, de bon goût et de discipline collective. Claire DESERT, en véritable concertiste, n'est pas seulement une partenaire attentive et intelligente au YAMAHA: elle connaît bien son BEETHOVEN! RADULOVIC, de son côté est toujours en première ligne, dans les "allegro vivace", Con brio, bien sûr. Anne GASTINEL, émouvante et profondément engagée, fait valoir son magnifique cello dans le style confessionnel du largo expressif.


Mais c'est dans le morceau de résistance de la soirée, en l'occurrente, le premier trio en si majeur de BRAHMS que le trio a donné une splendide démonstration de sa rigoureuse intelligence du texte, de sa cohésion exemplaire et de la belle tenue d'archets des deux complices. Pourtant, ce trio n'est pas un long fleuve tranquille. Le génie mélodique de BRAHMS, qu'on lui conteste quelquefois, est exploité ici avec finesse et donc sans lourdeur par le piano de Claire DESERT. De même, Anne GASTINEL apporte chaleur et passion dans les fougueux allegros. Avec des frémissements de cordes et des reprises nerveuses, les trois amis dessinent sans effort, cette difficile architecture, souvent abrupte de l'écriture brahmsienne.


Ils ont pu paraître moins à l'aise dans le dernier mouvement, mais n'est-ce pas BRAHMS lui-même qui est à la recherche d'interrogations qui demeurent sans réelle solution !
En conclusion, c'est un concert de très haute qualité que nous a offert ce trio en devenir qui place EPINAL au rang des meilleures parmi les villes moyennes, qui, par trois fois, aura offert aux artistes un tremplin vers une consécration internationale, aujourd'hui solidement confirmée.


P.J.

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