Concerts Classiques Épinal

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Les échos de la saison 2020/2021

Les Échos du concert du 18 octobre 2020 à l'Auditorium de la Louvière

Trio Messiaen : à couper le souffle !

David Petrlik, Philippe Hattat, Volodia Van Keulen
Photo © Concerts Classiques d'Épinal

Lors de ce troisième concert de la saison avec le Trio Messiaen, l'émotion et la fascination devant tant de talent ont submergé les spectateurs. Toute la palette des tonalités et des registres a traversé la formidable interprétation des trois oeuvres au programme, au point que d'aucuns n'avaient plus de mots pour la caractériser. Fantastique, fabuleuse, magistrale ! Tous furent emportés par le génie créatif des compositeurs et par l'époustouflante exécution des interprètes : Philippe Hattat au piano, David Petrlik au violon et Volodia Van Keulen au violoncelle.
« Les Esprits » de Beethoven, trio n°1 opus 70, occupent une place à part dans son répertoire : cette oeuvre énigmatique, nappée de mystère, a un caractère envoûtant très particulier. Longue évasion dans un univers de nocturnes peuplées de visions fugitives et de fantômes menaçants. Un voile mystérieux enveloppe cette musique aux palpitations secrètes, au point qu'entre piano et cordes les variations harmoniques jouent sur des couleurs changeantes et les ombres fugaces dans un étrange cantilène mélancolique. Le jeu énergique du trio Messiaen parvient à rendre merveilleusement par une remarquable conduite polyphonique le finale en contraste avec l'alternance permanente de moments dramatiques et de fugitives effusions lyriques.
Avec le trio n°2 opus 66 de Mendelssohn, joyau de la musique de chambre romantique, nous avons redécouvert cette oeuvre d'une splendeur irréfutable interprétée avec fougue par le trio Messiaen dans un rythme échevelé propre à un romantisme exacerbé. La frénésie récurrente menée « allegro energico » par les trois instruments subliment les effusions de la passion, avant que ne se promène « andante espressivo » la romance sans parole qui nous emplit de quiétude. Chaque instrument contribue au perpétuel changement d'atmosphère, le langoureux violoncelle, les élans du violon et la forte présence du piano terminent « allegro appassionata » par une mélodie vive qui entraîne les auditeurs dans une course joyeuse, une danse gracieuse ornée de trilles, jusqu'à la cauda au ton héroïque pour une fin en apothéose.
« Je n'ai pas de mot pour exprimer la douleur qui déchire tout mon être » : plus que la mort d'un ami artiste, c'est toute une époque tragique qui inspire Chostakovitch dans le trio n°2 opus 67. La découverte d'un camp d'extermination des Juifs en Pologne l'avait profondément bouleversé. La présence obsédante d'un thème populaire juif dans le dernier mouvement l'exprime avec une profonde émotion. Mais le message de l'oeuvre va jusqu'à transcender les événements pour lui donner une valeur universelle. L'oeuvre commence par un murmure d'une tristesse infinie, dont chacun à son tour, le violoncelle, puis le piano et enfin le violon déclinent la plainte. Puis s'élève « moderato » une oraison funèbre, telle une fugue élégiaque. La passacaille, par les amples accords répétés, inéluctables du piano, sur lesquels violon et violoncelle brodent de tristes motifs, expriment quelque chose de désolé et de terrible. Quand dans le dernier mouvement s'insinue une note aiguë obstinément répétée, cette soudaine tension puissamment obsessionnelle s'impose comme une danse macabre : funeste écho de la furie exterminatrice, mais aussi contrepoint absurde de la folie des hommes, du hasard, du destin et de la mort. Poignant !
Ce remarquable concert du trio Messiaen restera gravé dans les mémoires.

© Concerts Classiques d'Épinal

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© Concerts Classiques d'Épinal

Les Échos du concert décentralisé du 9 octobre 2020 à la Vôge les Bains

Divine surprise

Morgan Gabin violoncelle, Thomas Leleu tuba
Photo © Maryse Doux-Boussiron

Les Concerts Classiques sont sortis des sentiers battus en programmant le deuxième concert de leur saison 2020-2021 à La Vôge les Bains. Un concert décentralisé au coeur du territoire pour s'ouvrir à de nouveaux publics et leur offrir un spectacle de qualité.
Ce soir-là, ils sont vite tombés sous le charme du mariage improbable de deux instruments, le violoncelle et le tuba. De l'étonnement initial, ils sont bientôt passés au plaisir de participer à une expérience unique, puis séduits par tant de sonorités nouvelles et d'accords inédits.
Les artistes Thomas Leleu au tuba et Morgan Gabin au violoncelle ont déroulé tout au long d'un programme très éclectique et audacieux leur sens de l'interprétation la plus classique et leur goût pour l'aventure sonore.
Avec eux, on explore tous les registres sur des chemins de découverte musicale. Dès l'abord, un duel allegro avec Rossini où les deux interprètes rivalisent de virtuosité. Puis contraste d'un jeu gai et virevoltant et d'un largo mélancolique chez Vivaldi. Dès les premières notes de la Sonate, on ne peut être que saisi par la chaude couleur et la plénitude du violoncelle de Morgan Gabin. Autre découverte avec la transcription très originale et en contrepoint d'une invention de Bach. Puis le tempérament de Bach s'impose au violoncelle seul, dont il exploite la large palette rythmique et même le potentiel polyphonique qui semblait réservé au violon.
Le duo retrouvé sautille sur le rythme léger d'Offenbach où le tuba tout en douceur, accompagné cette fois par le violoncelle, explore toutes les nuances de l'andante. C'est alors que s'élève la plainte élégiaque du chant des oiseaux de Casals sur le mode catalan, une merveille au tuba. Foin de sérénade espagnole, Thomas Leleu donne du corps et de l'ampleur au tango argentin de Piazzolla qui emporte les danseurs dans un tourbillon infini. Soudain Libertango libère les artistes pour une improvisation où les deux instruments se répondent comme en un écho sonore envoûtant. Le final nous entraîne au carnaval de Venise d'Arban où le duo se lance dans une danse effrénée et un dialogue étourdissant, où l'art populaire s'habille des oripeaux de la tradition du violoncelle et de la créativité débridée du tuba.
Un véritable feu d'artifice en guise de bouquet final d'une divine surprise.

Les Échos du Concert d'ouverture du 20 septembre 2020

Looking for Beethoven: inoubliable

Pascal Amoyel © Concerts Classiques d'Épinal

Après une si longue attente, sans spectacle depuis février dernier, les Concerts Classiques ont frappé fort en cette rentrée culturelle en programmant dans le strict respect des mesures sanitaires une saison complète de septembre 2020 à mai 2021 et un concert d'ouverture inoubliable.
Le concert spectacle de Pascal Amoyel a sidéré les mélomanes de la Rotonde, avides de renouer avec la culture musicale. Ils ont eu droit à un spectacle total, mariant musique, théâtre et récit, animé par un Pascal Amoyel inspiré et passionné. Avec un engagement de tout son être, faisant corps avec son piano, incarnant Beethoven au point de se confondre avec lui, il a fini par incarner son modèle, dévoré par ses tourments et aux prises avec son destin tragique.
« Quelle humiliation, lorsque quelqu'un près de moi entendait une flûte au loin et que je n'entendais rien. » Pascal Amoyel ne se contente pas de raconter la vie d'un monument de la musique, il nous le fait entendre par ses confidences et par ses Sonates, avec quelle émotion et quelle virtuosité, au point que le langage des mots et celui des notes se mêlent et se répondent jusqu'à ne faire plus qu'un. La communion est telle entre le compositeur et l'interprète que Pascal Amoyel, couché sur le piano, rend à Beethoven toute son humanité et révèle son intimité profonde. Même les silences, partagés intensément par le public, font écho à la souffrance et au génie de Beethoven. Et que dire de ces quatre coups du destin que sa musique distille en une lancinante malédiction.
Après une telle prestation, servie par le grand talent de Pascal Amoyel, conteur émouvant, acteur généreux et musicien subtil, qui peut encore écouter Beethoven de la même façon ? Plus d'un spectateur confiait à la sortie de la Rotonde avoir eu l'impression d'entendre le vrai Beethoven pour la première fois. C'est dire combien l'alchimie du spectacle avait débarrassé le grand compositeur de tous ses oripeaux pour atteindre l'intime. Lui, dont la vie lui avait refusé la joie, l'a créée dans sa musique pour en faire don aux hommes.
Il fallait un grand artiste comme Pascal Amoyel pour nous offrir cette ultime révélation. Inoubliable.

© Concerts Classiques d'Épinal

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