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La Critique de P.J.

Le quatuor Joachim : le charme de l’été indien

 

Si une hirondelle ne fait pas le printemps, dit-on, une alouette peut prendre son essor avec un été indien. Ce léger volatile épris d’azur annonçait le premier rendez-vous de la saison des « Concerts Classiques » avec un répertoire de musique de chambre. Malgré la clémence automnale, les abonnés n’étaient pas tous en vacances ou en R. T. T. C’est donc devant un auditorium bien garni (la capacité d’accueil du théâtre municipal eut été dépassée) que s’est produit le quatuor Joachim, un nouveau venu parmi les chambristes chevronnés. Quatuor renforcé par l’adjonction d’un second pupitre d’alto (Brahms l’exigeant) tenu par le maître Jan Talich.

 

Une soirée de quatuors qu’on s’apprêtait à écouter dans un ordre chronologique. Trois chefs-d’œuvre ayant marqué de manière indélébile trois périodes-clés de ce genre musical réputé très intellectuel, très cérébral, voire chasse gardée inaccessible au vulgum pecus musicus. En réalité, les Joachim ont préféré expérimenter sur leur public une sorte d’électrochoc en juxtaposant Joseph Haydn et Maurice Ravel. Électrochoc où l’alouette haydnienne a failli y laisser des plumes au seul bénéfice de la volière ravélienne toute pépiante de trouvailles ornithologiques au milieu d’un « Jardin extraordinaire ».

 

Si parfaits soient-ils dans leur écriture rigoureusement conduite, les quatuors de Haydn, modèles d’un genre intarissable, sont souvent écoutés aujourd’hui, d’une oreille complaisante pleine de componction. La surprise n’est jamais au rendez-vous, d’où naît une certaine apathie d’écoute. Les Joachim, avec cet opus 64 n° 3, baptisé « L’alouette » par les éditeurs ou par Van Hoboken, nous en ont donné une version très stricte, tout en apportant quelque couleur aux variations rythmiques, idées novatrices pour l’époque, mais sans réelles audaces tonales (on baigne dans un confortable ré majeur).

 

Après cette mise en oreille très conventionnelle, le quatuor a allumé un feu d’artifices ravéliens de toute beauté. Les quatre cordes font ici merveille dans tous les registres : beauté du son, virtuosité maîtrisée, y compris dans le second mouvement avec ses pizzicati suicidaires, mais surtout re-création d’une ambiance poétique et délicieusement sensuelle dans le mouvement lent, cet andante rêveur tout en soieries et en sourdines. Et dans le finale agité, tourmenté, fiévreux, le jeune Ravel de 1902 songe, par prémonition, au calvaire de sa fin douloureuse en 1937. Le grand moment inspiré de cette soirée, c’était donc ce quatuor de Ravel où les quatre archets font montre d’une discipline exemplaire et d’un goût très sûr pour les subtilités harmoniques d’un jeune poète fils spirituel de Gabriel Fauré.

 

In fine, à la reprise en quintette, l’opus 111 (le quintette de Brahms et non pas la sonate de Beethoven) est apparu comme un monument plus classique que romantique. Du Brahms toujours encombré des nuages de la Baltique mais heureusement avec quelques belles éclaircies empruntées aux rythmes populaires hongrois et aux structures rhapsodiques.

 

La pâte sonore est compacte, loin de la clarté ravélienne. Le couplage des deux altos reste pour nous une énigme. Pour quel effet ? Si encore ils dialoguaient à découvert pour relancer le propos avec les autres pupitres ! En l’occurrence, Jan Talich s’est intégré au quatuor avec une louable humilité. Ce quintette foisonnant a néanmoins permis de tester les qualités personnelles de chacun des partenaires : Zbigniew Kornowicz, Johanna Rezler, violons, Marie-Claire Méraux, alto, Laurent Rannou, cello, tous quatre animés d’une chaude passion chambriste.

 

P. J.

 

La Presse

L'Est Républicain ( 01 11 05)

Un bon moment avec les concerts classiques.

Une fois de plus les concerts classiques ont vu juste. En programmant le quatuor Joachim, les responsables étaient partagés. En effet, la musique de chambre se produit habituellement au théâtre municipal, mais le public étant de plus en plus nombreux, la salle risquait d'être trop petite.

 

Le pari de la Louvière a donc été gagné même si le concert à un peu perdu en intimité. Le théâtre aurait obligé à refuser près d'une centaine de personnes quant à la qualité du concert, le quatuor Joachim qui fait rayonner son talent à travers l'Europe et le monde a conquis Épinal. L'interprétation qu'il a donnée du quatuor « l'Alouette » de Haydn oeuvre la plus jouée du compositeur en raison de son thème principal unique et inoubliable, était remarquable.

 

Le quatuor à cordes de Ravel, oeuvre de jeunesse empreinte de personnalité et de perfection a permis lui aussi de passer des moments raffinés. Mais la cerise sur le gâteau est arrivée après l'entracte lorsque Jan Talich a allié sa passion pour le quintette de Brahms. Bref encore une soirée d'exception, que les applaudissements nourris ont saluée, à l'actif des Concerts Classique.

 

Prochain concert dimanche à 17 heures à la Louvière avec Marie-Joséphe Jude au piano et Stéphane Marie Degand au violon qui interpréteront Mendelssohn, Brahms et Franck.

 

La Liberté de l'est ( 29 10 05 )

 

De la musique de chambre à la Louvière

L'Association des Concerts Classiques d’Épinal organisait jeudi une soirée de prestige à l'auditorium de la Louvière avec la présence du quatuor Joachim accompagné de Jan Talich.

Pendant deux heures les trois violons et le violoncelle ont résonné au son de quelques-uns des plus grands compositeurs du XIXe siècle, de Haydn à Ravel en passant par le quintette de Brahms interprété pour l'occasion avec Jan Talich, l'une des figures mondiales du violon alto. « Avec lui, on a les même référence, quand on joue ensemble, c'est comme des connaisseurs de vin qui dégustent ensemble une nouvelle bouteille » précise le Sbigniev Kornowicz, premier violon du quatuor.

Pour lui, comme pour les autres membres du groupe, jouer avec le célèbre altiste est une source de stimulation. Un avis partagé par Talich qui a commencé à jouer avec le quatuor il y a quatre ans et qui renouvelle l'expérience depuis avec toujours autant de plaisir.

Le quatuor Joachim, fondé il y a maintenant une vingtaine d'années se veut héritier de la tradition européenne du quatuor à cordes jouant principalement ces dernières années des morceaux tirés du post-romantisme français du XIXe siècle.

« On retrouve une écriture élaborée mais en même temps une émotion à fleur de peau » explique Johanna Rezler, seconds violons. Une musique qui se veut imagée et qui raconte des histoires selon Sbigniev Kornowicz : « Vous écoutez Ravel et vous voyez les tableaux de Monnet, il faut se laisser porter par la musique. »

Hier soir, c'est à l'auditorium de la Louvière que s'était arrêté le quatuor : « Un espace grand et agréable mais à l'acoustique sèche » redoutaient les musiciens avant le concert.

C'est finalement avec un plaisir non dissimulé qu'ils se sont produits devant un public visiblement conquis, certains les qualifiant même de virtuoses.

Le Reportage photo

Zbigniew Kornowicz , Joanna Rezler, Marie-Claire Méreaux, Jan Talich,  Laurent Rannou.

Joanna Rezler

 Laurent Rannou.

Jan Talich

Zbigniew Kornowicz

& +

Le programme

Le quatuor Joachim

 

Interprètera: Haydn & Ravel en quatuor

 

&

 

Jan Talich, Alto 

 

s'y associera  pour interpréter : Brahms

 

Les Artistes

 

Né en 1984 sous l’impulsion de Zbigniew Kornowicz et de Joanna Rezler, le Quatuor Joachim est installé depuis 1986 à Amiens. Profitant du soutien des instances culturelles et administratives de Picardie, ses membres y jouissent de conditions de travail favorables qui leur permettent de faire rayonner leur talent à travers l’Europe et le monde.

 

 

Héritier de la grande tradition centre européenne du quatuor à cordes, ils ont forgé style et sonorité auprès des plus illustres représentants de cette tradition tels les Quatuors Amadeus, Lasalle et Julliard ainsi qu’auprès du grand quarttetiste suédois et vieil ami du Quatuor Joachim, Kurt Lewin.

 

Le Quatuor Joachim, qui rend par son nom un hommage quotidien à l’un des "inventeurs" du quatuor à cordes "moderne", a de surcroît l’ambition de faire vivre ou revivre un répertoire rare, des origines de la forme à ses développements plus récents.

 

 

Depuis plusieurs années, le Quatuor Joachim est partie prenante à la programmation de la saison de musique de chambre de l’Orchestre de Picardie, formation de type mozartien dont nos quatre musiciens sont les solistes.

 

Le Quatuor Joachim est composé des musiciens suivants :

 

 

 

Zbigniew Kornowicz,

 

1er violon du Quatuor, premier prix du Concours Wieniawski (Lublin - 1970), occupe, depuis 1987, le poste de violon super-soliste à l‘Orchestre de Picardie , à Amiens.

 

 

 

Joanna Rezler,

 

second violon, lauréate de plusieurs concours internationaux de violon et du Concours Wieniawski à Lublin, elle occupe le poste de soliste à l‘Orchestre de Picardie depuis 1985.

 

Marie-Claire Méreaux, alto

Depuis mai 1999, Marie-Claire Méreaux est alto solo de l‘Orchestre de Picardie, avec lequel elle a réalisé plusieurs disques récompensés par la critique : CD  Poulenc, CD Fauré, CD Ginastera. Par ailleurs, elle a eu l‘occasion de se produire en soliste avec cet orchestre, en compagnie du violoniste David Grimal, en juin 2001 dans le double concerto de Benjamin Britten.

 

 

 

Laurent Rannou,

 

violoncelle, premier prix de violoncelle du Conservatoire de Paris, violoncelle solo à l‘Orchestre de Picardie, il est professeur de musique de chambre au Conservatoire de Région d‘Amiens et professeur assistant au Conservatoire de Paris.

 

Jan Talich s'associera ce soir là, au quatuor pour former un quintet

 

 

Jan Talich

 

 est né en 1945 dans une famille tchèque à la longue tradition musicale qui remonte au 18ème siècle.

 

Il effectua ses études au Conservatoire de Prague et c’est pendant ses études qu’il fonda le Quatuor Talich, du nom de son oncle, le fameux chef d’orchestre Vaclav Talich qui fut l’un des tout premiers chefs de la Philharmonie tchèque.

 

Dés 1965, le Quatuor Talich devient l’un des leaders de la musique de chambre dans le monde entier.

 

Comme premier violon d’abord puis à l’alto, il joua avec le Quatuor Talich sur tous les continents et a pris part, en 35 ans de participation, aux plus grands festivals internationaux.

 

Les Oeuvres

 

Joseph Haydn

(1732 – 1809)

 

Quatuor en Ré Majeur opus 64 n° 5 (Hob.lll.63) dit «l'Alouette»

- Allegro moderato

- Adagio cantabile

- Menuet : Allegretto

- Vivace

 

L'histoire a tendance à se rappeler de Franz Joseph Haydn sous l'angle d'une image paternelle. On le qualifie de «père de la symphonie», «père du quatuor à cordes» et on lui donne le sobriquet de «papa». Ce sobriquet lui vient de sa personnalité sereine, généreuse et paternelle et de son effet séminal sur l'ensemble de la musique occidentale.

 

 

 

Johannes Brahms

(1841 - 1904)

 

Quintette à cordes n° 2 en Sol Majeur, opus 111

- Allegro non troppo, ma con brio

- Adagio

- Un poco Allegretto

- Vivace, ma non troppo presto

 

Brahms est l'un des rares grands compositeurs à avoir toujours connu une vie calme et tranquille. Les musiciens de l'école de Vienne dont Schoenberg ont relevé sa grande maîtrise des formes, son ampleur mélodique, son emploi d'enchaînements harmoniques audacieux. Brahms a su rendre sa musique moderne tout en conservant une bonne dose de classicisme.

 

Maurice Ravel

(1875 – 1937)

 

Quatuor à cordes en Fa Majeur

- Allegro moderato

- Assez vif-très rythmé

- Très lent

- Vif et agité

 

Comme Debussy, Ravel a véritablement débuté dans la musique de chambre par un quatuor à cordes. Cette oeuvre de jeunesse dédiée «A mon cher maître Gabriel Fauré», porte déjà l'empreinte d'une personnalité, ainsi que d'une perfection beaucoup plus affirmées que chez son grand aîné.

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