LA CRITIQUE de P.J. :
Les belles retombées du Concours International de piano d’Épinal
« Il neigeait, il neigeait toujours » comme a titré Patrick Rambaud pour le second épisode de sa saga napoléonienne.
Chutes de neige ou vacances scolaires ? Difficile d’apporter une réponse à la frilosité des abonnés aux « Concerts classiques » qui n’ont pas rempli l’auditorium de la Louvière, un samedi soir, pour applaudir l’Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy, direction Sébastien Lang-Lessing, et l’un des lauréats du dix-neuvième concours international de piano d’Épinal, le sémillant Tom Poster.
La météo hivernale est-elle responsable ? Peut-être ! Ou bien est-ce le nom de Anton Webern, tête de liste du programme de la soirée ? Pourtant, ses « variations pour orchestre » opus trente sont devenues une référence incontournable, un grand classique de la seconde « École de Vienne », dont Webern fut l’un des quatre évangélistes du Nouveau Testament sériel et dodécaphonique.
Musique contemporaine inaudible ? Pas exactement, messieurs les épouvantails du classique tonal. Vous semblez ignorer que ces Viennois ont révolutionné l’écriture musicale du XXe siècle et que notre nouveau siècle a déjà cinq ans !
Ces « variations » ont fait figure d’un magnifique exercice de style pour tous les pupitres de l’O.S.L.N. L’oeuvre en question est aussi un témoignage cruel de la destinée de Webern, bêtement assassiné en 1945 par un buveur de Coca Cola.
Du moins est-il mort sans avoir connu la déception d’apprendre ce que nous savons aujourd’hui : le sérialisme et le système dodécaphonique allaient se heurter à un mur infranchissable. Et derrière ce mur, il n’y a rien qu’un no man’s land hostile, un Hiroshima sans amour.
Mozart, bien sûr, avait vu les choses de la vie et celles de l’au-delà tout autrement grâce à l’initiation reçue dans sa loge maçonnique. Quel soulagement à l’écoute de son vingt-quatrième concerto KV 491, et pourtant, on est dans la tonalité d’ut mineur, mais les portes de la nuit s’ouvrent devant Mozart sur une mort sereine et lumineuse.
Que dire de Mozart sous les doigts du dynamique Tom Poster ? Pourquoi pas ? Le jeune chien fou des « variations » de Rachmaninov qui avait fait exploser l’applaudimètre du dix-neuvième concours spinalien, a pris de la bouteille et de la concentration. Si, dans le premier mouvement de ce concerto, sa main gauche est quelquefois plus beethovénienne que mozartienne, en revanche, les trilles de sa cadence ad libitum, sont finement détaillés sans pathos.
De plus, il nous a séduit dans le larghetto central. Il a su imposer à l’orchestre, très coopératif d’ailleurs, un tempo serein, contemplatif, hors du temps présent.
Voilà du bon Mozart sans afféterie chichiteuse, du Mozart qui a déjà fréquenté la musique séraphique des sphères célestes. L’orchestre lui-même a su assurer la conversation, pour ne pas dire la confession mozartienne, avec beaucoup de retenue. Très belle tenue, par exemple, de la petite harmonie, surtout les pupitres de clarinettes et de bassons, instruments symboliques maçonniques par excellence, la signature, en quelque sorte, de l’humble frère Amadeus, bien-aimé du Grand Architecte de l’Univers.
Après les confidences mozartiennes, le Rhin de Robert Schumann paraît un fleuve tumultueux roulant des eaux grises sous des ciels d’orage. La version de sa deuxième symphonie par Sébastien Lang-Lessing nous a plongé en pleine atmosphère romantique où le pathétisme avoisine le fatum Tchaikovskien. Décidément, des êtres insatisfaits et tourmentés que ces gens-là ! Pour servir Schumann et son écriture compacte, l’O.S.L.N. a fourbi tous ses cuivres et astiqué ses cordes. Direction puissante et spectaculaire de ce chef exceptionnel, grand meneur d’hommes et amateur de vastes fresques contrastées.
Tom Poster qui a donné en bis un délicat et délié « Impromptu » de Schubert, a donc brillamment illustré les retombées internationales du concours d’Épinal. Et pour l’applaudir, parmi les auditeurs vosgiens, son confrère ukrainien Serguei Salov était de passage à Épinal, entre deux jets. Comme quoi, les lauréats des concours internationaux font souvent de belles carrières, contrairement à ce que colportent les mauvaises langues de la jalousie clochemerlesque.
P. J.
LA PRESSE DU LENDEMAIN.
L'EST REPUBLICAIN :
Un concert à couper le souffle.
Le rendez-vous des Concerts Classiques a rassemblé de nombreux mélomanes.
Ni la neige, ni les routes plus ou moins praticable, ni les vacances scolaires n'ont eu raison de l'assiduité des mélomanes, ce samedi pour le rendez-vous des concerts classiques. Il faut dire que les musiciens attendus méritaient amplement le déplacement.
L'orchestre symphonique et Lyrique de Nancy dirigé par Sébastien Lang Lessing 2tend de plus en plus sa réputation dans le département. Composé de 66 musiciens, il a une double mission, celle de participer dans la fosse de l'opéra aux productions lyriques, aux représentations chorégraphiques, et d'assurer une saison symphonique.
Ce samedi, il accueillait en soliste, Tom Posters lauréat du Concours International de Piano d'Épinal en 2003. Né en 1981, il est diplômé du King’s Collège de Cambridge et poursuit ses études à la Guildhall School of Musique and Drama. Il donne de nombreux récitals et concerts dans des lieux prestigieux de Londres, de Dublin et d'Europe, joue en soliste et en musique de chambre dans divers festivals et compose également. Deux de ses opéras de chambre ont été joué au théâtre ADC de Cambridge et plusieurs de ses oeuvres diffusées sur la BBC.
Les variations pour orchestre opus 30 de Webern compositeur autrichien (1883 - 1945) pour débuter le concert ont un peu surpris une partie du public. Composé en 1940 et créée en 1943, elles font partie de la dernière partie de la production du compositeur, fasciné alors par la musique sérielle. La série de base des variations composée de tierce mineure et de demi tons subit des métamorphoses permanentes tout au long des 10 parties avec une évolution globale vers une prolifération d'accords.
Le concerto pour piano et orchestre numéro 24 de Mozart, considéré comme le plus grand génie musical du XVIIIe siècle est richement à instrumenté et l'un des plus élaboré et des plus expressifs. Il a donné au soliste l'occasion de montrer sa virtuosité grâce à une expression d'une grande poésie, d'abord modulés puis dans une course désespérée.
Le refrain exposé par le piano, repris par l'orchestre amène une superbe diversité de nuances. Avec le final, l'émotion atteint son point culminant, progressivement jusqu'aux brusques accords ultimes.
Le public spinalien ne s'était pas trompé en 2003 ovationnant Tome Poster, il a reçu cette fois un véritable triomphe, l'obligeant à revenir montrer, seuls, sa capacité de laisser couler entre ses doigts un son cristallin qui va droit au coeur.
La symphonie numéro deux en Ut Majeur opus 61 de Robert Schumann, l'un des plus grands compositeurs romantiques du 19e siècle composé en 1845 a permis à l'orchestre au grand complet de montrer tout son pathétisme, inclinant tantôt à la résignation, tantôt à l'expression d'une joie assez extérieure pour terminer dans l'allégresse.
Il aurait été encore dommage cette fois de ne pas répondre à l'invitation des concerts classiques.
André Lallemand
LA LIBERTE DE L'EST :
LE REPORTAGE PHOTOS.

Pour l'antépénultième concert, la Louvière est "garnie" jusqu'au rang du même nom.

En attendant le coup de baguette qui donnera le départ,

en attendant Godot,

en attendant le public,

demandez le programme,

faites une dernière vérification de votre partition,

dites votre dernière blague,

et musique, maestro !

...

...

Piano,

rallentando,

pour passer en douceur vers Tom POSTER visiblement prêt
à prendre en compte la musique qui va suivre,

ainsi

que le fera,

avec talent

grâce

et virtuosité

chacun des autres pupitres

de l'orchestre.

Et au bar,
avant de nous quitter,
Tom Poster rencontrera

Serguei SALOV, autre finaliste du Concours International de Piano,
qui avait tenu à venir écouter la prestation de ce nouveau "collègue"
Samedi 19 février 2005
Auditorium de la Louvière
20 h 30
Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy
en partenariat spécial avec :

Mini programme en avant première
Les Artistes

Piano :
Tom Poster(Lauréat du 19ème Concours International de Piano d’Epinal)

Direction : Sebastian Lang-Lessing
Les Œuvres
Webern, Mozart, Schumann
Anton Webern
(1883 – 1945)
Variations pour Orchestre, opus 30
Compositeur et chef d'orchestre autrichien né à Vienne, il étudie le piano, le violoncelle et la théorie avec Edwin Komauer et fait ensuite des études de philosophie et de musicologie à l'université de Vienne.
En 1906, il y termine sa thèse de doctorat et manifeste son intérêt pour la polyphonie ancienne et ses jeux d'écriture.
Composée en 1940 et créée à Winterthur en 1943, les Variations pour Orchestre, opus 30 font partie de la dernière partie de la production du compositeur. La variation est un principe d’écriture pour lequel la fascination de Webern est d’autant plus forte qu’il est dans sa période sérielle. Il existe en effet au cœur du système sériel une tension entre la non répétition (un son ne peut être réentendu avant que les onze autres du total chromatique ne l’aient été eux-mêmes) et la variation permanente : une série se déploie par un ensemble de variantes.
Wolfgang Amadeus Mozart
(1756 – 1791)
Concerto pour Piano et Orchestre n° 24 en Ut mineur, K. 491
- Allegro
- Larghetto
- Allegretto
Mozart est considéré comme le plus grand génie musical de la fin du XVIIIe siècle. Dès son plus jeune âge, il fait preuve d’un talent musical prodigieux, que ce soit comme claveciniste, improvisateur ou compositeur.
Entre 6 et 10 ans, il parcourt l’Europe tout entière, sous la direction de son père Léopold.
Richement instrumenté, le concerto n° 24 en Ut mineur, K. 491 est également l'un des plus élaborés et des plus expressifs.
Dès le début de l’Allegro, le thème initial s'installe avec fermeté ; il paraît piano, au quatuor doublé par les bassons puis au tutti. La flûte introduit le second sujet en forme de canon, puis les vents font entendre encore le thème initial. ue dans une coda pathétique.
A la complexité de l'Allegro succède la simplicité du second mouvement : Larghetto. Le refrain en trois parties en est exposé par le piano puis repris à l'orchestre, partagé entre les cordes et les vents ; d'où une superbe diversité de nuances. Chaque partie du premier couplet est d'abord confiée aux instruments à vent ; c'est le soliste qui va amener le refrain, qui sera abrégé. Les vents
A la fois thème varié et rondo, le finale, Allegretto, s'ouvre sur un motif dont l'orchestre expose les deux parties. La première variation appartient toute entière au piano accompagné par le quatuor. Dans la deuxième, le thème est confié aux vents et le soliste poursuit le discours avec de volubiles doubles croches
Robert Schumann
(1810 – 1856)
Symphonie n° 2 en Ut Majeur, opus 61
- Sostenuto assai, Un poco più vivace, Allegro ma non troppo
- Scherzo (Allegro vivace)
- Adagio espressivo
- Allegro molto vivace
Robert Schumann naît à Swickau, une petite ville de Saxe. Son père est libraire et éditeur, et cet environnement littéraire aura une grande influence sur le jeune Robert. Mais la musique est déjà présente dans sa vie : il commence à apprendre le piano dès l'âge de 10 ans.
Schumann fut l'un des plus grands compositeurs romantiques du XIXème siècle. Ses œuvres pour piano sont pour la plupart libres et rhapsodiques de forme et de style, et pleines d'allusion à sa vie privée. Ses lieder constituent peut-être les plus beaux exemples de ce genre, après ceux de Schubert. Ses symphonies et concertos forment un lien fondamental entre Beethoven et les dernières symphonies de Mahler et les grands concertos romantiques de Tchaïkovsky, Grieg et Rachmaninov.
La Symphonie n° 2 en Ut Majeur, opus 61 fut esquissée en décembre 1845 et terminée dans le cours de l'année suivante. La tonalité générale de cette symphonie est pathétique inclinant tantôt à la résignation, tantôt à l'expression d'une joie assez extérieure.
Retour à la page d'accueil