La Critique de P.J.:
Le lumineux violon de Sergei Khachatryan
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Magnifique concert de musique russe pour honorer Nicolas (le saint pas le tsar), en ce troisième dimanche de l’Avent. Malgré l’attrait des marchés de Noël, les abonnés aux « Concerts Classiques » spinaliens ainsi que de nombreux mélomanes de la région avaient répondu en masse à l’affiche de l’Orchestre National de Lorraine proposant, entre autres découvertes : un poème symphonique de Rachmaninov peu joué, puis la neuvième symphonie de Chostakovitch en première audition à Épinal, et surtout la révélation de l’année, le très jeune violoniste arménien Sergei Khachatryan, déjà couvert de lauriers internationaux et qui a stupéfait son auditoire en dominant, avec une sereine maîtrise, le concerto de Tchaïkovski.
Que certains mélomanes se soient spécialement déplacés pour ce morceau de bravoure de Tchaïkovski, c’est fort probable. Histoire de voir un jeune dompteur se faire dévorer par le lion. Horresco referens ! Mais comme pour sainte Blandine dans la fosse aux lions, le miracle a terrassé les apostats. Servi par un orchestre parfaitement préparé par Jacques Mercier, le jeune soliste, exemplaire de maîtrise de soi, a donné une version sublime de ce concerto si souvent rabâché, galvaudé et dévitalisé par les gymnasiarques imposant à leurs élèves des exercices de virtuosité violonistique. Émotion oui, pour les plus anciens d’entre nous. Émotion de retrouver, sous l’archet de ce jeune prodige, la sonorité chaude, l’aisance, le naturel sans pathos d’un David Oïstrakh (premier prix lui aussi du concours Reine Elisabeth en 1937 !) et en même temps l’intensité de jeu d’un Nathan Milstein, dans les séquences les plus lyriques. Mais ici aussi, un sens inné des nuances, une oreille absolue apte à contrôler les harmoniques légères et cristallines dans la grande cadence du premier mouvement et enfin une organisation cérébrale exceptionnelle pour construire ce méga monument avec rigueur et permanence dans le phrasé. En demandant le maximum à son magnifique Guadagnini 1773, Sergei Khachatryan se hisse au niveau des plus grands princes de l’archet (1). Depuis longtemps à Épinal, on n’avait entendu du violon pur de cette qualité et de cette intensité émotionnelle. Les voies royales de l’aristocratie internationale lui sont grandes ouvertes.
Au programme de ce concert remarquablement composé dans sa diversité et particulièrement étudié pour mettre en valeur tous les pupitres de l’orchestre, figurait donc ce long poème symphonique de Rachmaninov : « l’île des Morts ». Un bel exercice orchestral, surtout pour les cordes (dans les registres graves) et pour les cuivres de l’au-delà. Œuvre dense, d’un expressionnisme romantique un peu daté par instant, et, comme par antithèse, avec des séquences impressionnistes très 1909 et très style « Tableaux d’une exposition » ou « Études-tableaux » (pain béni pour les pianistes des concours). L’orchestre a certainement beaucoup travaillé cette œuvre à l’écriture en strates sonores nerveuses, violentes, maladives, nécrophagiques. Le pathétisme russe nous a plongés dans de bien sombres abîmes ! Heureusement, le lumineux violon de Sergei Khachatryan dans le concerto de Tchaïkovski qui suivait, n’en a pris que plus d’intensité régénératrice.
La seconde surprise du programme, c’était cette relativement courte neuvième symphonie de Chostakovitch. Joseph Haydn avait écrit une certaine symphonie baptisée « La surprise ». La neuvième de Chostakovitch aurait pu être nommée « La déception ». Pas de triomphalisme pour célébrer la victoire du Petit père des peuples sur les hordes nazies. Chostakovitch a livré aux censeurs de la nomenklatura musicale une symphonie classique style Prokofiev, truffée d’instruments populaires criards, tapageurs, comiques et racoleurs. Façon de traiter des épisodes d’humour anti « Stalin’ Circus ». L’orchestre n’y est pas du tout à la noce : la partition offre du travail à tous les pupitres et les soli sont délicats à mettre en place (les bassons et en général la petite harmonie).
Jacques Mercier qui, désormais, dirige tout à mains nues, a su intéresser ses musiciens à cette pochade de facture classique mais souvent acrobatique. La tenue de l’orchestre était tout à fait remarquable. Le public qui avait offert une large et sonore ovation au jeune Arménien a réservé le meilleur accueil à l’orchestre national qui le méritait bien. En récompense, on est resté à l’heure russe, avec en bis, les danses arméniennes de Khatchaturian pour le violon et la polka du ballet « L’âge d’or » du même facétieux Chostakovitch que beaucoup de mélomanes auront découvert en cette occasion bénie par Saint Nicolas.
P. J.
(1) Deux enregistrements historiques du concerto de Tchaïkovski : David Oïstrakh et la Stadtskapelle de Dresden (dir. : Franz Konwitschny) et celui de Nathan Milstein avec l’Orchestre Philharmonique de Moscou (dir. : Kiril Kondrachine).
La presse :
L'Est Républicain ( 12 12 2005 ) :
Une soirée époustouflante.
Le concert aux Russes de Saint-Nicolas à l'auditorium de la Louvière a réuni 600 personnes pour une apothéose.
Jean-Paul HOUVION président de l'association des Concerts Classiques d'Épinal pouvait être fier. Le concert russe de la Saint-Nicolas offert par l'orchestre national de Lorraine a été absolument somptueux.
Du reste, les spinaliens, dont chacun sait qu'ils sont mélomanes, ne s'y sont pas trompés en remplissant totalement l'auditorium de la Louvière, ils étaient en effet 600 à avoir pris place dans les confortables fauteuils de la salle. Des amateurs de musiques classiques qui n'auront pas été déçus par le spectacle, avec des oeuvres de Rachmaninov, Tchaïkovski et Chostakovitch.
Un virtuose de 20 ans.
L'orchestre national de Lorraine, sous la direction de Jacques Mercier, bénéficiait de l'extraordinaire présence de Serguey Khachatryan, jeune violoniste virtuose de 20 ans.
Né en 1985 à Erevan en Arménie, il a été élève de l'académie de musique de Würzburg. Surdoué de la musique, le 18 juin 2005, ils remportait le grand prix du prestigieux concours reine Élisabeth de Belgique à Bruxelles. Les Spinaliens présents, ont ainsi eu le privilège de découvrir un immense violoniste, vraisemblablement appelé à faire une grande longue carrière.
Évidemment, Jean-Paul HOUVION de pouvait qu'être satisfait du succès rencontré par ce programme et il reconnaissait : « Sur les cinq derniers concerts donnés, c'est le troisième qui se joue à guichets fermés, preuve de notre sérieux ».

A la main nue d'un chef,

à l'épaule d'une celliste,

à la joue d'une violoniste,
à l'orchestre enfin :

un concerto pour "Coeur et Violon"
Dimanche 11 décembre 2005
Auditorium de la Louvière
17 h 00
Concert russe de Saint-Nicolas
Orchestre National de Lorraine
Violon :
Sergey KhachatryanDirection :
Jacques MercierLes Artistes
Fondé en 1976,
l'Orchestre National de Lorraine, alors Philharmonie de Lorraine, est une formation de 75 musiciens permanents qui, au fil des années, affirme sa vocation d'ambassadeur culturel de sa région en se produisant non seulement dans les 4 départements lorrains mais également dans toute la France et au-delà des frontières ainsi que dans de nombreux festivals.A la tête de l'orchestre se sont succédé Emmanuel Krivine, Jacques Houtmann et Jacques Lacombe. Sur leur invitation, l'orchestre a accueilli des artistes aussi prestigieux que José Van Dam, Anne Quéffelec, Augustin Dumay, Cecilia Bartoli, Jean-Jacques Kantorow, et de jeunes talents consacrés comme Sonia-Wieder Atherton, Renaud Capuçon, Anne Gastinel...
Jacques Mercier

fait ses études au Conservatoire national supérieur de musique de Paris où il obtient le Premier prix de direction d'orchestre à l'unanimité.
La même année il est Premier prix du Concours international de Jeunes Chefs d'Orchestre de Besançon et Lauréat de la Fondation de la Vocation. Jacques Mercier entame rapidement une carrière internationale. Il dirige de prestigieuses formations : l'Orchestre de Paris, l'Orchestre national de Radio France, le London Symphony Orchestra, l'Orchestre philharmonique de Moscou, l'Orchestre de la Suisse Romande.
Sergey Khachatryan

est né en 1985 à Erevan (Arménie), entre en 1991 à l’école Sayat-Nova. Il part en Allemagne en 1993 et devient élève de l’Académie de Musique de Würzburg.
Depuis 1996, il suit l’enseignement de Joseph Rissin à l’école supérieure de musique de Karlsruhe. Il a remporté de nombreux grands prix lors de concours internationaux, parmi lesquels le Premier prix du concours Jean Sibelius d’Helsinki en 2000.
Sergey Khachatryan joue déjà toutes les grandes pièces du répertoire pour violon seul, ainsi que les concertos de Bach, Bruch, Mendelssohn, Tchaïkovski, Paganini. Il a donné des concerts en Allemagne, France, Italie, Israël, Chypre, Equateur, Arménie et Espagne et réalisé deux enregistrements chez EMI et Naïve. Il joue en duo avec sa sœur Luciné. Ils ont été invités à se produire à l’Alte Oper de Francfort pour le concert de clôture du 150e anniversaire de l’indépendance de l’Allemagne.
Les Oeuvres
Sergey Rachmaninov

(1873 – 1943)
L’Ile des Morts, opus 29
Composé à Dresde, lors d’un long séjour du compositeur, entre 1906 et 1908, le poème symphonique L’Ile des Morts fut créée à Moscou sous sa direction le 18 avril 1909.
*
Piotr Ilitch Tchaïkovski

(1840 – 1893)
Concerto pour Violon en Ré Majeur, opus 35
- Allegro moderato
- Canzonetta. Andante
- Finale. Allegro vivacissimo
Aujourd’hui, l’un des sommets incontestés du répertoire romantique pour instrument, le Concerto pour violon en ré majeur de Tchaïkovski eut des débuts difficiles.
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Dimitri Chostakovitch

(1906 – 1975)
Symphonie n° 9 en Mi bémol, opus 70
- Allegro
- Moderato
- Scherzo. Presto
- Largo
- Allegretto
C’est avec stupeur et non sans malaise que le public de Leningrad découvrit le 25 novembre 1945 la nouvelle œuvre de Dimitri Chostakovitch. Depuis des mois en effet, le bruit courait que le grand compositeur travaillait à une neuvième symphonie pour la victoire de Staline sur l’Allemagne hitlérienne.
Textes de Bernard Boland
Présentation en avant première
Un concert de Saint-Nicolas placé sous le signe de la Russie
Rachmaninov, Tchaïkovski et Chostakovitch : un trio de compositeurs russes de rêve est au programme du concert de Saint-Nicolas du dimanche 11 décembre 2005 à 17 h 00 à l’Auditorium de la Louvière avec l’Orchestre National de Lorraine dirigé par Jacques Mercier.
On ne présente plus l’O.N.L. qui, depuis de nombreuses saisons déjà, vient régaler les mélomanes vosgiens avec les plus grandes œuvres du répertoire en compagnie de jeunes solistes particulièrement talentueux.
C’est à son chef :

Jacques Mercier
que l’on doit ces choix judicieux et, pour ce concert, il a jeté son dévolu sur le jeune violoniste arménien :

Sergey Khachatryan.
A tout juste 20 ans, Sergey Khachatryan a décroché, en mai dernier, le 1er Prix du Concours Reine Elisabeth de Belgique (une référence absolue), le critique musical Laurent Marty dit de lui :
«Gueule d’ange adolescent et frisé, tout droit sorti d’un tableau de Raphaël, Sergey paraît timide, presque gauche, lorsqu’il s’élance des coulisses. Svelte silhouette farouche, il empoigne son instrument et le charme opère aussitôt. D’une pureté de trait exemplaire, presque immatériel à force de finesse, ce violon ne force jamais nuances ou phrasés. Le son est magnifique mais tenu dans les bornes rigoureuses d’un classicisme mesuré, introspectif.»
Au programme de cette soirée slave : le Poème Symphonique l’Île des Morts de Rachmaninov, le merveilleux concerto pour violon de Tchaïkovski et la 9ème Symphonie de Chostakovitch.
Le prix des places est de 23 € en catégorie A ou de 17 € en catégorie B. La location est ouverte à l'Office du Tourisme d'Épinal, aussi bien pour ce concert que pour les 5 suivants. Réductions aux jeunes de moins de 25 ans, aux titulaires de la carte ZAP (50%), de la carte Cezam (40 %) et en cas de règlement par Chèques Vacances (30 %).