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La critique de P.J :

La fine fleur du quatuor d’archets

Rare privilège consenti aux mélomanes vosgiens abonnés des « Concerts Classiques » spinaliens, la venue du célébrissime quatuor américain Fine Arts Quartet a ouvert la saison de musique de chambre devant un auditoire de connaisseurs. Soirée exceptionnelle de par la qualité de la formation ; assurément la fine fleur du quatuor d’archets au niveau mondial.

Programme intéressant, habilement dosé entre grand répertoire classique et quelques avancées dans la mangrove tentaculaire des archipels contemporains, bis compris. Si l’auditorium de la Louvière, à l’atmosphère trop sèche, n’a pas rendu totalement justice à la qualité du son en général, ni à la belle couleur des timbres instrumentaux (alto un peu étouffé hélas), il n’en demeure pas moins que cette fratrie d’archets joue harmonieusement dans le même arbre généalogique. Technique éblouissante, musicalité contrôlée, concentration optimale : c’est le grand professionnalisme qui domine une telle démonstration d’osmose musicale.

C’est avec le premier mouvement d’un futur quatuor (le numéro douze) demeuré inachevé par Schubert que les F.A.Q. ont pris leurs repères avec l’acoustique de la salle. Pas de surprise : dès les premiers accords, tout est déjà parfaitement en place, c’est merveilleux. Un saut de cent soixante dix ans, sans préavis, pour nous retrouver dans un tout autre monde sous un climat inattendu, avec le quatuor n° 2 « Mishima » de Philip Glass. Un compositeur aussi peu conformiste que Charles Ives, et l’un des papes de la musique répétitive avec son labadens Steve Reich. En réalité, ce quatuor est un quadriptyque montrant quatre aspects (assez courts) d’un même paysage. Imaginez vous en simple touriste dans le compartiment d’un paisible tortillard, à travers une campagne mollement vallonnée. C’est toujours le même paysage qu’on voit, quatre fois de suite, défiler par la portière. L’espace-temps est rythmé par l’ostinato du cello, les trois autres cordes variant peu le dessin d’un perpetuum mobile. A chaque station, le train repart, sans tonalité, sans barre de mesure, c’est le rêve éveillé. Un rêve activé par le mouvement rétrograde virtuel. Qui défile sous nos yeux et à nos oreilles ? Le paysage ou le train teuf-teuf ? Voilà l’un des secrets de la musique répétitive : plus ça change, plus c’est la même chose. C’est drôle, non ? En tout cas, les quatre Américains interprètent cette musique de cinéma(tique) avec un humour respectueux.

Changement de climat encore avec le quatuor en sol mineur de Debussy. Une œuvre phare de l’impressionnisme français. Un monument de virtuosité instrumentale où les quatre amis font des merveilles. Les coups d’archets sont réglés au millimètre, les piz’ acrobatiques claquent comme des gifles, le jeu en sourdine est en pianissimi ténus de l’andantino est suspendu dans l’éther, la fougue passionnelle de la coda vous coupe le souffle. De plus, tout est merveilleusement analysé, fouillé, compris et rendu avec une suprême intelligence. C’était le grand moment, attendu, de cette soirée riche en découvertes.

Les deux bis sont venus corroborer ce palmarès de surprises. Si courts fussent-ils, ces bis ont montré un aspect inattendu de l’humour collectif de ces quatre graves messieurs : la « valse ridicule » de Alfredo Casella et une pochade de Chostakovitch, une polka déhanchée et « rigolote » comme aime à le dire le violoncelliste porte-parole de ce quatuor d’exception. Grâces et gloire soient donc rendues à Ralph Evans, magnifique sonorité du violon, à Efim Boïco, second violon, à Youri Gandelsman, alto, et à Wolfgang Laufer, cello, tous émérites ambassadeurs de l’Université du Wisconsin.

P. J.

Le reportage photo :

La veille du concert notre président

accueille en conférence de presse les musiciens du quartet :

Ralph Evans 1er violon

Efim Boïco Violon

Wolfgang Laufer violoncelle

Yuri Gandelsman alto

C'est Wolfgang Laufer, (il s'exprime dans un français parfait)

qui a répondu aux question des journalistes

 Il a convaincu quelques mélomanes de dernière minute

qui se sont joints à nos abonnés

pour remplir "honnêtement" la Louvière

(le Théâtre n'aurait pas suffit à ce quatuor là)

Et un sympathique repas d'après concert

a permit de détendre,

ces artistes de grand talent

La presse du lendemain :

 

Le Programme :

FINE ARTS QUARTET

Le jeudi 28 octobre

20 heures 30

Auditorium de la Louvière

 

EXTRAITS DU PROGRAMME

Les Artistes

 Le Fine Arts Quartet a été fondé à Chicago en 1946. Depuis sa création, il s’est produit dans le monde entier et se place au sommet de l’élite. Dans sa nouvelle formation, le quatuor a su garder son identité et son authenticité grâce à quelques remarquables musiciens.

Ralph Evans, Violoniste, est lauréat du concours Tchaïkovski de Moscou en 1982. Il se produit alors en Europe, aux Etats-Unis, au proche Orient et au Japon en qualité de soliste.

Efim Boïco, Violoniste, a mené une carrière internationale en tant que soliste sous la baguette de Metha, Guilini, Abbado, Leinsdorf, Barenboïm, Radu Lupu et Zuckerman. En 1967, il quitte L’Union Soviétique pour s’installer en Israël où il devient second violon de l’Orchestre Philharmonique d’Israël pendant onze ans.

Yuri Gandelsman, Altiste, est issu de l’Orchestre philharmonique d’Israël en qualité d’alto solo. Après des études à Moscou auprès de Tatalian, altiste du quatuor Komitas et de Berlinsky, violoncelliste du quatuor Borodin, il rejoint l’Orchestre philharmonique de Moscou sous la direction de Kondrashin.

Wolfgang laufer, Violoncelliste, est un soliste dont le prestige est acclamé en Europe et aux Etats-Unis. Né en Roumanie, il s’installe en Israël en 1961 où il poursuit ses études de violoncelle au Conservatoire de Tel-Aviv.

Les Oeuvres

Franz Schubert

(1797 – 1828)

 

Quartettsatz n° 12 en Ut mineur, D. 703

 

1820, dans la vie de Schubert, fut une année sombre entre toutes, une année d'angoisse devant le présent, au cours de laquelle aucune oeuvre entreprise ne fut menée à terme. Témoin ce Mouvement de Quatuor, troisième oeuvre inaboutie du mois de décembre.

Philip Glass

(1937)

 

Quatuor n° 2 «Mishima»

Né à Baltimore le 31 janvier 1937, Philip Glass commence le violon à l'âge de six ans mais s'intéresse vraiment à la musique en apprenant la flûte à huit ans. Cependant, à quinze ans, il se lasse du répertoire trop restreint de la flûte et de la vie musicale du Baltimore d'après-guerre.

Claude Debussy

(1862 - 1918)

 

Quatuor en Sol mineur, opus 10

C'est en 1892 que Debussy - il avait atteint la trentaine - entreprit la composition de ce qui resterait son unique quatuor, à peu près en même temps que la mise en chantier du Prélude à l’après-midi d'un faune. Le rapprochement de ces deux oeuvres est extrêmement significatif : tandis que le Faune recèle tant de promesses d'avenir, le Quatuor reste lourd d'un passé encore récemment appris.

Felix Mendelssohn

(1809 - 1842)

 

Quatuor en Ré Majeur, opus 44-1

En dépit du rang de publication, le Quatuor en ré, commencé à Leipzig en avril 1838 et terminé à Berlin le 24 juillet 1838, fut le dernier achevé du cahier. Mendelssohn annonçait à son ami le violoniste David le 30 juillet 1838 : «J'ai terminé mon troisième Quatuor en ré majeur, et je l'aime bien... Il est plus fougueux et fait plus d'effet que les autres.»

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