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LE CONCOURS INTERNATIONAL DE VIOLON DE MIRECOURT:
les prémices d'un jeune talent français.

Sous l'égide des "CONCERTS CLASSIQUES" spinaliens, la ROTONDE de THAON vient d'accueillir le concert de gala du CONCOURS INTERNATIONAL DE VIOLON DE MIRECOURT. Concert organisé avec la participation de l'Orchestre National de LORRAINE, direction: Jacques MERCIER, et la propulsion, au terme d'une semaine éprouvante, du Premier Lauréat, Premier PRIX de ce nouveau Concours qui ambitionne d'entrer dans le club convoité de la F.I.C.I.M.

La vedette de cette après-midi automnale était donc le jeune parisien David CASTRO-BALBI, 17 ans non révolus. Les mélomanes vosgiens, et plus spécialement les Mirecurtiens, luthiers professionnels et amis du violon, ont eu la révélation des prémices d'un très jeune talent français qu'un jury international, présidé par Jean-Jacques KANTOROW, a préféré à la Coréenne KUN WHA LEE qui n'avait pas démérité.
Venue avec un programme très cohérent, axé sur des œuvres hispanisantes, la phalange messine, au grand complet, a fait place au nouveau page de l'archet qui avait choisi de demeurer dans le sillon de la grande tradition violonistique avec le 2ème concerto en mi mineur de MENDELSSOHN-BARTHOLDY. Une grande page qui a fait le  tour du monde au lendemain de la guerre durant laquelle ce sublime et rayonnant concerto avait été interdit des estrades symphoniques de l'EUROPE occupée. Si connue qu'elle soit, l'œuvre continue à toucher les cœurs les plus endurcis, non seulement en raison de son andante qui génère de beaux instants de méditation poétique, mais encore par ce qu'elle offre, au violoniste soliste, l'occasion de faire valoir une virtuosité maîtrisée et jamais ostentatoire.

Pour un jeune interprète, encore sous l'emprise du stress d'un concours international, aborder ce concerto, dans la détente, constitue un réel soulagement physique, intellectuel et moral.
David CASTRO-BALBI, bien soutenu par l'orchestre messin et guidé paternellement par Jacques MERCIER, s'est acquitté avec les honneurs de cette tâche, car pour lui, c'était réellement une grande première avec un orchestre symphonique, bien qu'il ait travaillé sa partition depuis longtemps.

Après une prise d'archet un peu timide dans ses attaques, avec un son un peu retenu, David a vite repris confiance et a tiré de son instrument (un violon signé d'un facteur français) le maximum de son et de possibilités. Il ne s'est pas essoufflé dans le long premier mouvement introductif, pour aborder en toute sécurité, la cadence, à découvert, de ce redoutable allegro. L'âge venant, ce jeune homme acquerra certainement plus d'intériorité pour transmettre le message pacifique et serein de l'adagio cité plus haut.

Mais c'est dans l'allegro vivace, que David a su dévoiler son enthousiasme et montrer sa rigueur rythmique très juvénile, ainsi que sa maîtrise d'archet dans ses harmoniques. Le public lui a finalement réservé une ovation admirative: ainsi est né, sur les bords de la MOSELLE, un beau talent de violoniste qui voit s'ouvrir devant lui, la route encore escarpée du professionnalisme.

Que dire de la démonstration de l'Orchestre de LORRAINE sinon que le choix de son programme espagnol était aussi attractif que nourrissant. Jacques MERCIER, qui a délaissé définitivement la rigidité de la baguette pour diriger à mains nues, a rendu un hommage justifié à deux orchestrateurs passionnants: Maurice RAVEL et Joaquin TURINA. On ne rendra jamais assez grâce aux talents de RAVEL qui a su percer les secrets de la composition à travers des orchestrations inventives et rutilantes de couleurs.
Lui seul sait mettre en valeur les qualités quelquefois surprenantes des timbres instrumentaux et les finesses acoustiques de l'atelier des percussions. On a assisté, ici, à une éblouissante démonstration de cette écriture magique avec la version orchestrale de "L'ALBORADA DEL GRAZIOSO", si fidèle à la version piano, et cependant transfigurée par l'habileté de tous les pupitres, de la petite harmonie jusqu'aux stridences des cuivres! Même admiration pour la version de la "RHAPSODIE ESPAGNOLE" où l'influence ibérique est assimilée avec une superbe intelligence du rythme; ce qui faisait  dire à Manuel de FALLA que la meilleure musique espagnole a été composée par des Français! C'est, à la fois vrai et faux, lorsqu'on est confronté à une belle interprétation de la "SINFONIA SEVILLANA" de Joaquin TURINA. Là encore, les musiciens de Jacques MERCIER se sont révélés de parfaits traducteurs des ombres et des lumières des impressionnistes espagnols.

C'est finalement Manuel de FALLA, avec une danse de "LA VIE BRÈVE" qui a su faire le joint entre RAVEL et TURINA. Un bon choix qui est à mettre au crédit de cet orchestre qui est peut-être le seul à par venir à bonifier l'acoustique de cette salle de la ROTONDE.
Quand un matelas humain ne fait plus obstacle à la réception du son, on est en droit de penser que, parfois la musique fait des miracles! C'était le cas pour cette soirée qui a tressé des lauriers espagnols sur la tête des promoteurs du Concours de Violon de MIRECOURT. Auquel nous souhaitons: "AD MULTOS ANNOS"

P.J.

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